Hier c'était donc Versailles.

Le président qui a théorisé le vide laissé par la mort du roi, aime Versailles. Mais abandonnons le faste présidentiel pour nous intéresser au fond.

Il y a un an, à la tribune du congrès, j’exposais en réponse au Président notre ligne de conduite :
"Chaque fois que vos décisions conduiront la France sur les chemins d’un progrès partagé, nous serons là pour approfondir et consolider.
Mais à chaque fois que vos décisions auront pour effet d’accroitre les inégalités, de précariser les plus désarmés, d’affaiblir les services publics qui sont le patrimoine de ceux qui n’ont rien mais qui ne sont pas « rien », vous rencontrerez notre ferme opposition. Vous vous êtes engagé à faire entrer la politique dans une nouvelle ère et la France dans un nouveau monde, nous vous jugerons donc sur vos actes et sur vos actes uniquement".

Nous ne voulions pas condamner par principe ou par sectarisme. Hélas, nous n'avons pas eu l'occasion de soutenir une politique qui s'est révélée démissionnaire sur le plan écologique, injuste sur le plan fiscal, sans résultat sur le plan international, stigmatisante pour les plus fragiles etc.

Depuis, nombre de ceux qui ont quitté la gauche pour rejoindre les marchistes me/nous reprochent de ne pas accompagner le nouveau pouvoir. A celles et ceux-là je voudrais donc décrypter ce que j'ai entendu à Versailles.

Pendant près d’une heure, le Président Macron nous a proposé un service après-vente de son action, pour répondre à celles et ceux, dont nous faisons partie, qui considèrent qu’il flatte les égoïsmes et surfe sur les clichés : les pauvres ne feraient pas d’efforts, il y a trop d’aides en France, le système n’est pas efficace… Comme à l’habitude, il y a donc les beaux discours mais il y a aussi les notes de Bercy, qui considèrent les plus fragiles et les plus précaires comme une variable d’ajustement. Ni les uns ni les autres ne cachent plus la volonté maintenant affichée de réduire notre modèle social.

Disons le tout de suite : il n’y aura pas de lutte contre la pauvreté en réduisant les aides sociales de 7 milliards, comme il a été envisagé dans un premier temps par le gouvernement !En qualifiant notre système de protection sociale de trop onéreux et en le stigmatisant comme une « charge » venant « alourdir » le déficit de la France, Emmanuel Macron pose le mauvais diagnostic. Il tente d’opposer la prévention et la responsabilisation au système de versement des aides sociales. Le système de protection sociale consiste à ce que chacun verse selon ses moyens et en bénéficie selon ses besoins, ce n’est pas l’aumône. Ce système a permis de ne pas faire exploser les inégalités.Le Président a donc déroulé son message : ces sujets ne seraient pas une question d’argent.

Emmanuel Macron persiste et signe. Après avoir déjà baissé les APL de 5 euros en 2017, les déclarations du gouvernement laissaient penser que le message des locataires avait été entendu. Édouard Philippe avait reconnu que la mesure n’était « pas intelligente ». Or, il va à nouveau pénaliser les allocataires de ces aides au logement en gelant leur indice. Cette décision injuste et brutale est plus grave encore que la baisse précédente car ce gel se répercute en pourcentage et touchera donc davantage ceux qui ont le plus besoin des APL, les plus précaires et les familles nombreuses.

Dans son budget, la majorité a prévu que les aides au logement, habituellement revalorisées le 1er octobre en fonction de l’indice de référence des loyers, ne le seraient pas cette année. Pour 2018, cet indice aurait dû progresser de 1,8 % et les APL aurait dû augmenter en moyenne de 5 euros. Les APL ont toujours été indexées sur l’indice de référence des loyers sauf… en 2012, sous Nicolas Sarkozy. Après son arrivée au pouvoir, François Hollande avait rétabli ce principe de justice sociale. Emmanuel Macron montre ses références et confirme l’orientation de sa politique.